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Parole d'expert

Cercosporiose noire de la banane, la filière antillaise mise sur les NGT pour rebondir

En Guadeloupe et en Martinique, la cercosporiose noire fait chuter les rendements de banane depuis plus de 15 ans. Sébastien Thafournel, directeur exécutif de Banamart, espère cultiver rapidement des variétés issues de l’édition du génome.

Quel est l’impact de la cercosporiose noire sur la filière de banane des Antilles ?

Sébastien Thafournel : La filière regroupe 430 producteurs sur environ 6 000 hectares en Guadeloupe et en Martinique. Mais les volumes reculent. Il y a quinze ans, la production atteignait 320 000 tonnes. Désormais, elle avoisine 200 000 tonnes alors que la consommation de bananes en France s’élève à 850 000 t. Apparue en 2010, la cercosporiose noire constitue la principale cause de cette perte de production. La maladie frappe tout le territoire des Antilles françaises. Une exploitation devrait produire environ 60 tonnes par hectare. Aujourd’hui, nous descendons parfois sous les 30 tonnes. À ce niveau, la rentabilité n’est plus au rendez-vous.

Les conséquences sont aussi humaines. En Martinique, le nombre d’exploitation est passé de 500 à 250 en dix ans, signe d’une filière en crise. Pourtant, la culture de la banane représente plus de 6 000 emplois directs dans les territoires. La progression de la maladie met donc en jeu non seulement la production mais aussi l’emploi local.

Comment protégez-vous vos bananeraies contre la cercosporiose ? Quelles sont vos contraintes ?

S.T. : Actuellement, il ne nous reste qu’une solution curative contre la cercosporiose. Sur le plan réglementaire, nous ne pouvons réaliser que trois applications par an. Dans des pays comme le Costa Rica, l’Équateur ou la Colombie, les producteurs ont la possibilité d’appliquer des dizaines d’application par an. De plus, ils disposent de nombreuses substances actives.

Même si nous avons adapté nos pratiques culturales pour limiter la pression parasitaire, cela ne suffit pas. Le champignon se développe très rapidement. Ses spores se dispersent très facilement, notamment par le vent. Par conséquent, la maladie progresse dans les parcelles bien plus vite que nos possibilités d’intervention. Ce qui explique nos difficultés actuelles.

Nous travaillons aussi sur une meilleure organisation des traitements et méthodes d’application. Par exemple, la filière demande l’autorisation d’utiliser des drones. Cette technique permettrait de traiter plus précisément les plantations et de sécuriser les opérateurs. En complément, l’usage de produits diminuerait d’au moins 30 %. Mais ces évolutions prennent du temps. Alors, les producteurs continuent d’intervenir avec des pulvérisateurs portés. Leurs conditions de travail sont très difficiles, sur des terrains pentus et sous de fortes chaleurs.

Toutes ces contraintes créent un important écart de compétitivité avec les autres pays producteurs. Elles accélèrent la baisse des volumes de production.

Les bananiers NGT sont-ils une solution concrète aux Antilles ?

T. : Nous sommes très clairement attentifs aux nouvelles techniques génomiques, les NGT. Grâce à des outils comme CRISPR-Cas9, des équipes internationales ont identifié des gènes impliqués dans la tolérance aux maladies du bananier. Elles les ont modifiés pour renforcer la capacité de la plante à se défendre face aux champignons.

Pour la banane antillaise, elles représentent une solution technique crédible face à la progression de la cercosporiose. La protection ne repose plus uniquement sur les traitements. Elle s’appuie également sur la génétique de la plante. Pour nous, la combinaison de techniques est la solution la plus efficace.

Quand ces variétés de banane éditées seront-elles alors accessibles ?

T. : Des bananiers édités existent déjà. Les essais de plein champ se déroulent notamment aux Philippines et au Costa Rica, dans des zones fortement exposées aux maladies.

Désormais, pour la filière antillaise, la question concerne surtout le calendrier d’accès à ces variétés. Dans le scénario le plus favorable, leur mise à disposition pourrait intervenir autour de 2028. Bien sûr, c’est sous réserve de l’évolution du cadre réglementaire européen. Cette échéance sert de repère pour les producteurs. Elle conditionne la capacité à sécuriser les exploitations, à stabiliser les rendements et à maintenir une production locale face à une pression sanitaire qui continue de s’intensifier.

Sébastien Thafournel, directeur de la coopérative Banamart. « Les NGT permettent de renforcer durablement la résistance des bananiers face aux maladies. Nous en avons besoin le plus vite possible. »

La filière Bananes françaises au Salon international de l’agriculture 2026.