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Phyteis

Plan de sortie du phosmet : la combinaison des solutions fait l’efficacité

Le plan de sortie du phosmet ressort comme un démonstrateur de l’approche combinatoire de la protection des cultures. Agronomie, génétique, biocontrôle et numérique s’articulent pour contrôler les ravageurs d’automne du colza.

Le 24 mars, la restitution finale du plan de sortie du phosmet, organisée à Paris, marque un tournant pour la protection du colza. Lancé en 2022 dans l’urgence, après le retrait de cette substance clé contre les altises, son bilan est encourageant. En trois ans, les travaux produisent de premiers résultats techniques et installent une dynamique collective autour des alternatives.
« Nous avons vraiment eu un partenariat où tout le monde a joué le jeu dans l’unique objectif d’apporter des solutions concrètes aux agriculteurs », témoigne Gilles Robillard, président de Terres Inovia, en conclusion du colloque.

Dès le départ, le plan de sortie du phosmet se distingue par son ampleur. Il rassemble 26 acteurs de la recherche publique et privée ainsi que du développement autour de 11 projets complémentaires. Cette organisation permet d’agir simultanément sur plusieurs leviers, de l’amélioration des connaissances sur les ravageurs au déploiement de solutions. Celles-ci s’appliquent à différentes échelles : la plante, la parcelle ou le paysage. L’engagement se traduit aussi dans les dispositifs expérimentaux. Ainsi, 330 parcelles ont servi à observer les ravageurs d’automne et 420 essais à évaluer les leviers agronomiques. Des adhérents de Phyteis participaient aux travaux, notamment à travers des essais en biocontrôle et sur les variétés de colza.

Des leviers agronomiques déjà opérationnels contre les altises

Quatre leviers d’action démontrent aujourd’hui leur efficacité contre les ravageurs d’automne du colza. Ils correspondant à la logique de l’approche combinatoire de la protection des cultures, testée dans le cadre du programme.

D’abord, des pratiques d’implantation mieux adaptées favorisent l’obtention d’un « colza robuste ». Au point que cette notion devient une référence pour la durabilité de la culture. Riche en biomasse, ce colza résiste mieux aux attaques. En effet, l’objectif est qu’il atteigne le stade 4 feuilles avant le 20 septembre. À cette période, les altises deviennent très actives. En complément, l’apport de 30 unités d’azote à l’automne soutient une croissance dynamique et continue de la culture. Par ailleurs, grâce au plan, 109 conseillers sont désormais formés à cette démarche agronomique.

Autre levier, les intercultures pièges à base de radis chinois réduisent les populations d’altises d’hiver. Semées en même temps que le colza, elles limitent la colonisation des parcelles à l’automne. Des acteurs du conseil (chambres d’agriculture, distributeurs agricoles…) ont testé cette technique de détournement en constituant un réseau sur 50 territoires. Les équipes de Terres Inovia ont encadré les essais et analysé les résultats.

Ainsi, pour cette espèce de radis, les efficacités ressortent optimales dans 43 % des situations. Ces plantes captent alors en moyenne 29 % des insectes. Des marges de progrès existent encore en jouant sur la date d’implantation, la composition du couvert, le paysage…

La sélection variétale renforce également la robustesse du colza. Le classement des variétés intègre un critère de « bon comportement vis-à-vis des ravageurs ».

Maintenant, l’enjeu porte sur la diffusion de ces solutions auprès des agriculteurs. Pour y parvenir, une trentaine de plateformes de démonstration mettent en avant les combinaisons de leviers.

Des voies prometteuses en écologie chimique et génétique

La dynamique de recherche se poursuit. Comme le souligne Gilles Robillard, « par ce plan, on a démontré que nous sommes capables d’agir. Mais il reste du chemin. On continue cette évolution dans le Parsada ». Par exemple, des composés issus de brassicacées attirent ou détournent les ravageurs. Les travaux en écologie chimique menés dans le projet Ardeco ouvrent donc une voie d’avenir pour contrôler les insectes. Toutefois, la formulation de ces médiateurs reste à optimiser.

Les attentes concernent aussi le progrès génétique. À court terme, des génotypes élites présentant un bon comportement face aux ravageurs ouvrent la voie à de nouvelles variétés. Les chercheurs ont également identifié des gènes de résistance chez des crucifères apparentées, comme le chou. Ces sources génétiques restent à intégrer dans les colzas.

Biocontrôle : deux solutions à l’étude contre l’altise d’hiver

Deux produits de biocontrôle révèlent également un potentiel pour limiter les dégâts d’altise d’hiver. Cependant, les conditions favorables à leur efficacité restent à préciser. Le premier produit concerne des extraits de graines de brassicacées riches en glucosinolates. Ces composés sont capables de perturber l’alimentation de l’adulte. De Sangosse en valide la faisabilité industrielle. Le second produit repose en fait sur la complémentarité de deux solutions. La méthode de protection associe un biocontrôle à un outil d’aide à la décision. De fait, le produit est positionné au moment le plus opportun lors du vol des insectes. Cette stratégie permet selon l’entreprise de réduire jusqu’à 30 % le nombre de larves par pied en sortie d’hiver. Certis Belchim porte le programme de recherche avec Advansee, Hiphen et Alvie.

Pour Ronan Vigouroux, responsable environnement de Phyteis, « les solutions élaborées dans le cadre du plan de sortie du phosmet confirment, une fois encore, que la gestion d’un ravageur ne peut être que combinatoire. La prophylaxie est incontournable. En abaissant le niveau de population en amont, le biocontrôle est plus efficace. De plus, l’intervention avec du chimique conserve son rôle de verrou de sécurité ».