Désherbage combinatoire du blé : près d’un agriculteur sur deux l’adopte !
Face au retrait des herbicides et à la pression environnementale, Phyteis a interrogé 300 céréaliers sur leurs pratiques de désherbage du blé. Les leviers agronomiques se généralisent. L’étude révèle cinq profils et des attentes fortes en agroéquipements.
Y-a-t-il des « combinateurs » dans les champs ? Face aux difficultés croissantes pour désherber les céréales, et en particulier le blé tendre d’hiver, Phyteis souhaite objectiver la réalité du terrain.
L’approche combinatoire pour protéger les cultures existe-t-elle vraiment dans les pratiques ? Telle que Phyteis la conçoit, est-elle pertinente et adaptée aux attentes pour éliminer les adventices ? D’autant que le portefeuille d’herbicides se réduit considérablement. Dans le même temps, la pression sur les impacts environnementaux s’intensifie, notamment autour des résidus d’herbicides dans l’eau.
Pour répondre à ces questions, l’organisation a mené une enquête à l’automne 2025 avec l’aide du cabinet ADquation. Le panel rassemble 300 agriculteurs ou éleveurs issus des cinq grandes régions céréalières. La superficie moyenne en blé tendre est de 31,1 ha.
Désherbage combinatoire en blé, cinq profils d’agriculteurs
L’étude « Désherbage combinatoire en blé » » distingue cinq groupes d’agriculteurs selon leurs pratiques dans le blé tendre d’hiver.
Les bio : 11 %
Comme ils n’utilisent pas d’herbicides, les agriculteurs en bio font massivement appel au désherbage mécanique (83 % contre 24 % en moyenne). En parallèle, ils cherchent des variétés plus couvrantes pour améliorer la compétitivité du blé face aux adventices (39 %).
Les minimalistes : 31 %
Souvent situés dans l’Ouest et le Sud et plus fréquemment éleveurs, ils disposent de surfaces limitées en blé tendre d’hiver dont la production n’est pas leur cœur de métier. Leur stratégie reste classique, fondée sur le labour et le désherbage chimique.
Les techniques : 15 %
Tous les agriculteurs au profil technique pratiquent le désherbage mécanique. De plus, ils s’intéressent fortement aux outils digitaux (97 % contre 14 % en moyenne). Ils utilisent aussi largement les couverts végétaux en interculture puisque 77 % les implantent. Par ailleurs, 18 % d’entre eux adoptent le semis direct sous couvert. Leurs pratiques agricoles traduisent une recherche d’optimisation technique.
Les innovants : 20 %
Ces agriculteurs mobilisent un large éventail de leviers agronomiques. Ainsi, 83 % d’entre eux recourent aux couverts d’interculture. Plus de la moitié s’intéressent au pouvoir couvrant des variétés (52 %). En outre, ils sèment plus dense leur blé (88 % contre 47 % en moyenne). Ils allongent aussi plus souvent les rotations (71 % contre 49 % en moyenne), retardent les semis (77 % contre 57 %) et pratiquent davantage le faux semis (70 % contre 52 % en moyenne).
Ceux en transition : 21 %
Leur conduite reste proche d’un itinéraire classique, mais ils s’appuient beaucoup sur la technique du faux semis et retardent d’autant leur semis. Ils sont ceux qui déclarent rencontrer les situations de désherbage les plus difficiles.
Une adhésion contrastée des agriculteurs à l’approche combinatoire pour désherber le blé
Au fond, tous les agriculteurs associent plusieurs techniques. L’approche combinatoire devrait donc s’imposer naturellement à eux. Pourtant, deux catégories ne se reconnaissent pas vraiment dans ce concept. Ceux en bio mobilisent en moyenne 6,1 leviers, soit 2,7 de plus que la moyenne. Malgré cela, 44 % d’entre eux ne s’identifient pas à l’approche combinatoire, sans doute parce qu’ils n’utilisent pas d’herbicides.
De leur côté, les minimalistes activent seulement 3,1 leviers en moyenne. Seuls 40 % se disent en phase avec cette méthode.
À l’inverse, les agronomes innovants sont les plus proches du concept. L’approche combinatoire recueille 70 % d’adhésion pour cette catégorie. Pour eux, les perspectives de progrès passent par les agroéquipements. D’ailleurs, 33 % d’entre eux les citent, contre 21 % en moyenne. Le développement viendrait notamment de la pulvérisation de précision. Quant aux profils techniques, ils mobilisent en moyenne 6,6 leviers. Ces agriculteurs misent également sur les agroéquipements, à hauteur de 26 %. Enfin, 71 % de ceux en transition déclarent être dans un schéma combinatoire alors qu’ils utilisent plutôt moins de leviers. Toutefois, ils sont ceux qui pensent avoir le plus progressé dans ce domaine.
46 % des agriculteurs interrogés combinent leurs pratiques de désherbage sans le savoir !
Néanmoins, dans les faits, un profil « combinateur » émerge. Il s’applique à trois des cinq groupes identifiés.
« L’étude sur le désherbage confirme bien que l’approche combinatoire s’ancre déjà dans les pratiques, commente Ronan Vigouroux, responsable environnement chez Phyteis. En effet, 46 % des agriculteurs interrogés la mettent vraiment en œuvre : les bio, les agronomes innovants et les techniques. »
De son côté, Jean-Jacques Pons, vice-président de Phyteis, avoue être frappé par le nombre de techniques que les agriculteurs mobilisent aujourd’hui pour maîtriser les graminées comme le ray-grass ou le vulpin. « On voit bien, que le désherbage repose sur une combinaison fine de leviers. En aucun cas, la chimie est du confort ».
Niveau d’exigence et de satisfaction
Des impasses techniques persistantes et un besoin de repères
Côté attentes, 45 % en bio rencontrent des difficultés avec les dicotylédones alors que pour les autres, elles sont moins préoccupantes (23 % en moyenne sont dans ce cas). Le désherbage se complique avec les graminées pour ceux en transition (99 % des déclarations contre 57 % en moyenne). Systématiquement, le ray-grass ressort le plus problématique (pour 59 % en moyenne).
Le recours au seul levier chimique ne suffit plus. Pris isolément, les leviers agronomiques, ne permettent pas davantage de sécuriser la maîtrise de l’ensemble des adventices. Cependant, les agriculteurs les ajustent et les combinent « au cas par cas », selon la parcelle et empiriquement. Le désherbage chimique d’automne reste pour eux un pilier incontournable.
Les participants à l’enquête regrettent toutefois le peu de références ou d’outils pour mesurer l’efficacité de leur itinéraire technique.
Enfin, le conseil qu’ils reçoivent provient majoritairement du technico-commercial du distributeur. Cependant, pour un quart des agriculteurs, la décision d’associer différents moyens se raisonne sans conseil extérieur.
Des marges de progression subsistent. « Les 31 % de « minimalistes » restent dans un schéma très classique, explique Ronan Vigouroux. La logique technico-économique où le blé n’occupe pas une place centrale freine le changement. De leur côté, les 21 % « en transition » font face à des difficultés de désherbage. Cependant, ils montrent déjà une sensibilité à l’approche combinatoire. »
Finalement, les agriculteurs veulent des preuves concrètes de l’impact de l’évolution de leurs pratiques. Chiffres, démonstrations au champ, exemples de combinaisons efficaces : « Ils recherchent aussi des repères solides sur les bénéfices environnementaux et économiques », estime l’expert.
Présentation de l’étude « Désherbage combinatoire en blé » le 25 février lors du Salon international de l’agriculture. De gauche à droite : Jean-Jacques Pons (Phyteis), Ronan Vigouroux (Phyteis), Geoffroy de Lesquen, agriculteur.
Le digital peut-il changer l’utilisation des herbicides ?
En désherbage, les outils digitaux existent déjà, mais ils sont encore peu utilisés. En apportant de la précision dans le positionnement, ils peuvent sécuriser les pratiques notamment lors de l’application de molécules herbicides soumises à des réglementations complexes.
La précision reste difficile en céréales. En revanche, en maïs ou en betterave, ou pour toutes cultures avec des écartements, le désherbage localisé peut changer profondément l’approche.
Enfin, des pulvérisateurs intelligents qui reconnaissent les adventices sont aujourd’hui testés. À terme, ils ouvriront de nouvelles perspectives pour utiliser moins de produit et l’appliquer uniquement sur la mauvaise herbe.