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Fraise

L’oïdium du fraisier

L’oïdium du fraisier est la maladie fongique la plus fréquente et la plus redoutée en culture de fraises. Mais elle reste difficile à maîtriser en l’absence de variétés résistantes.

L’oïdium du fraisier est causé par un champignon de la famille des Erysiphacées, Podosphaera aphanis. Ce pathogène biotrophe est responsable de la formation d’un feutrage blanc caractéristique sur les organes aériens de la plante.

La maladie sévit principalement sous abris, mais peut également se développer en plein champ. Son intensité, quant à elle, dépend fortement de la variété cultivée, du mode de conduite culturale et du microclimat de la parcelle.

Ainsi, l’oïdium du fraisier provoque une baisse de vigueur et une dépréciation commerciale des fruits.

Cycle biologique de l’oïdium du fraisier

Le champignon Podosphaera aphanis parasite exclusivement les tissus vivants des fraisiers. Son cycle biologique comporte plusieurs phases :

  • Phase de conservation hivernale : le champignon persiste à l’état de mycélium sur les feuilles résiduelles ou sous forme de cléistothèces sur les débris de culture. Ces structures assurent la survie entre deux cycles culturaux, surtout dans les systèmes à production continue ou remontante.
  • Contamination primaire : à la faveur du réchauffement printanier, les spores sont libérées dans l’air et disséminées par le vent ou les courants d’air sous abri. Elles se déposent alors sur les jeunes tissus (feuilles, hampes, fleurs) où elles germent rapidement.
  • Contamination secondaire : à son tour, chaque foyer produit des conidies, visibles sous forme de feutrage blanc. Ces spores assurent la multiplication rapide de la maladie, en particulier dans les environnements confinés ou peu ventilés.

Le champignon reste strictement épiphyte. Il se développe uniquement à la surface des organes, où il émet des suçoirs pour se nourrir du contenu cellulaire. La pénétration n’est donc pas systémique.

Par ailleurs, La vitesse du cycle dépend étroitement des conditions climatiques :

  • Température optimale : 20–25 °C (en dessous de 10 °C ou au-dessus de 30 °C, le développement est freiné) ;
  • Humidité relative : 70 à 90 % favorisent la germination des conidies, mais la présence d’eau libre (rosée, pluie) nuit à leur viabilité ;
  • Lumière : le champignon préfère les zones ombrées ou les faces inférieures du feuillage.

Sous abri (tunnel ou serre), plusieurs facteurs favorisent la dissémination rapide de l’oïdium : densité végétative, irrigation par aspersion, condensation et manque de ventilation. À l’inverse, une bonne aération, des variétés peu sensibles et un suivi agronomique régulier permettent de ralentir l’épidémie.

©Myriam Carmentran Delias

Oïdium sur feuilles

Symptômes et expression de l’oïdium du fraisier

Les premiers symptômes apparaissent sur les jeunes feuilles, qui s’enroulent. En cas d’infection grave, des taches blanchâtres poudreuses apparaissent sur leur face supérieure. Parallèlement, en face inférieure, on observe souvent des taches pourpres à violacées, sans feutrage visible.

Sur les feuilles adultes, la maladie reste plus discrète mais peut persister sous forme latente.

Les pédoncules floraux peuvent également être atteints : ils présentent des marbrures brunes ou violacées, un feutrage, voire une nécrose partielle.

Sur les fleurs, l’oïdium provoque :

  • la nécrose des sépales,
  • le brunissement des anthères,
  • parfois la chute prématurée des boutons floraux.

Sur les fruits, les symptômes apparaissent souvent tardivement :

  • développement d’un feutrage blanc ou grisâtre,
  • surface déformée, peu brillante, dure au toucher,
  • couleur terne, maturité incomplète,
  • fruits de petit calibre, secs ou creux, avec altération de la saveur.

En définitive, les fruits infectés sont généralement invendables, même si les symptômes sont limités.

Facteurs influençant la nuisibilité

La sévérité des dégâts dépend fortement de :

  • La précocité de l’infection : une attaque en phase végétative entraîne des baisses de rendement importantes ;
  • Les conditions climatiques (comme vu plus haut) : température, humidité et lumière ;
  • La sensibilité variétale : certaines variétés comme Gariguette, Murano ou Charlotte présentent une plus grande sensibilité ;
  • La conduite culturale : excès d’azote, irrigation mal maîtrisée, tunnels mal ventilés accentuent les risques ;
  • La réactivité du traitement : l’absence de couverture curative rapide favorise la généralisation des foyers.
Pertes de rendement et impact économique

Les pertes varient selon les situations, mais les données disponibles indiquent :

  • 10 à 20 % de fruits déclassés dans les systèmes bien protégés,
  • Jusqu’à 50 à 80 % de pertes dans les cas non traités ou traités trop tardivement,
  • Réduction significative de la qualité gustative et de la durée de vie post-récolte (dessèchement, brunissement, pourritures secondaires),
  • Allongement du temps de tri et de récolte, augmentation des rebuts.

À l’échelle d’une exploitation, une mauvaise maîtrise de l’oïdium peut donc compromettre la rentabilité de la campagne.

Stratégie de protection combinatoire contre l’oïdium du fraisier

La lutte contre l’oïdium du fraisier combine des mesures prophylactiques rigoureuses, une observation fine des cultures et un positionnement précis des traitements fongicides.

Anticipation et surveillance

Dès le redémarrage végétatif, un suivi régulier de la parcelle est indispensable. Les premiers symptômes, souvent discrets, doivent être repérés précocement : enroulement des jeunes feuilles, aspect poudreux blanchâtre, taches pourpres en face inférieure.

Des outils d’agronomie digitale tels que la solution CCOM (développée par la coopérative Sicoly) permettent désormais de suivre les différentes phases de développement du champignon. L’objectif étant d’adapter et de raisonner les outils de lutte.

Mesures prophylactiques

Les pratiques culturales jouent un rôle central dans la limitation de l’inoculum et la réduction des conditions favorables au champignon. À ce titre, plusieurs leviers peuvent être mobilisés :

  • Élimination des résidus contaminés (feuilles malades, hampes florales) en cours de culture et après récolte.
  • Gestion de la fertilisation azotée : éviter les excès qui favorisent une végétation dense et sensible à l’oïdium.
  • Aération du couvert végétal : espacement suffisant, éclaircissage, maîtrise de l’humidité relative sous abri.
  • Utilisation de plants certifiés sains pour limiter les contaminations précoces.

Dans l’ensemble, ces mesures, bien mises en œuvre, permettent de retarder l’apparition des premiers foyers et de limiter leur intensité.

Moyens curatifs

Lorsque la pression devient importante, le recours à des fongicides homologués reste indispensable. Ces traitements permettent de sécuriser les phases sensibles (floraison, développement des fruits).

En pratique, les principales matières actives utilisées appartiennent aux familles suivantes :

  • Soufre : action préventive, autorisé en agriculture biologique. Efficace sur les premiers stades mais sensible aux conditions climatiques.
  • Triazoles : action préventive et légèrement curative, à utiliser précocement.
  • SDHI : efficacité prolongée, à alterner avec d’autres familles pour prévenir les résistances.

De plus, les traitements doivent être positionnés dès les premiers signes visuels ou selon les recommandations des OAD. Une attention particulière doit être enfin apportée à la couverture homogène du feuillage, notamment en culture dense ou sous tunnel.

Vers des traitements plus durables et mieux ciblés

La filière fraise accélère l’innovation pour maîtriser l’oïdium à l’horizon 2030. Dans cette perspective, trois axes se dessinent :

  • Le développement de solutions de biocontrôle de nouvelle génération : formulations plus efficaces à base de Trichoderma, de bicarbonate ou d’extraits végétaux (huiles essentielles, saponines). L’objectif est de réduire l’Indice de Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT) tout en maintenant un bon niveau de protection.
  • Le recours aux technologies d’application ciblée : pulvérisation de précision (capteurs, débit modulé), nano formulations. Ainsi, ces techniques visent à limiter les pertes de produit et améliorer la couverture foliaire, y compris sous abris.
  • Le perfectionnement des Outils d’agronomie digitale (OAD) avec intégration des données météo, variétales et spatiales. Il s’agit de mieux anticiper les pics de risque et d’ajuster les interventions